MICI, approche diagnostique raisonnée

Les MICI font souvent partie du diagnostic différentiel des vomissements ou de la diarrhée chronique; toutefois, avant d’avoir recours de manière abusive à une corticothérapie, il convient d’adopter une démarche diagnostique raisonnée. Nous parlons ici exclusivement des patients dont les analyses biochimiques courantes sont dans les limites des valeurs usuelles.
Les causes de vomissements et de diarrhée chroniques sont multiples chez les carnivores domestiques, ainsi, lorsqu’un patient est présenté pour ces signes cliniques, il est important de prendre le temps de poser les bonnes questions.

Âge
Le diagnostic différentiel du jeune en diarrhée ou vomissement chroniques est très différent de celui de l’adulte, et les MICI, au sens strict du terme, n’existent pas chez le jeune de moins de 6 mois. On parle alors plutôt d’intolérance alimentaire.

Vermifugation
Les parasites intestinaux sont une cause fréquente de troubles digestifs chez le jeune. Ne pas omettre les giardioses, chez tous les chiens, en particulier ceux en contact avec leurs congénères. Celles-ci sont couramment traitées par du fenbendazole ou du metronidazole.

Régime d’éviction strict
Chez le chien adulte, l’intolérance alimentaire reste une cause très fréquente de maladie inflammatoire chronique de l’intestin, c’est pourquoi toute exploration de diarrhée et de vomissements chroniques dont les commémoratifs s’y prêtent passe par un régime d’éviction.
Cependant, mieux vaut ne faire aucun régime d’éviction qu’un régime d’éviction partiel. En effet, le but de celui-ci étant d’éviter tout allergène pouvant déclencher les signes cliniques (vomissements, diarrhées, perte de poids), toute infraction le rend ininterprétable. Il est donc  primordial d’insister sur le fait que l’animal n’aura accès à aucun autre aliment pendant cette période. Les médicaments appétants, souvent aromatisés au boeuf, sont également exclus du régime alimentaire. Ce régime d’exclusion dure 4 à 6 semaines.
Du métronidazole peut-être prescrit pendant les 15 premiers jours afin d’enrayer une éventuelle surprolifération bactérienne intestinale secondaire à la maladie intestinale chronique.
Si le régime hypoallergénique n’améliore en rien  la symptomatologie, il convient alors d’investiguer davantage.

TLI, folates, B12
La mesure des TlI, folates et vitamine B12 permet de mesurer les phénomènes de malassimilation/malabsorption et d’évaluer l’éventuel besoin d’une supplémentation en cobalamine. Celle-ci est d’autant plus importante que l’hypocobalaminémie est un facteur de non-réponse au traitement des maladies inflammatoires chroniques chez le chien.

Echographie abdominale
L’échographie abdominale permet d’observer la structure en couche du système digestif, ou encore de mettre en évidence la présence d’une lymphadénopathie associée si elle est présente. Par contre, contrairement à une idée reçue, elle ne permet pas de différencier une maladie inflammatoire chronique de l’intestin d’un lymphome intestinal. Il existe des cas de lymphomes dans lesquels la structure en couche de l’intestin est préservée.

ex: ces deux images sont celles d’un’intestin grêle: jéjunum de chat. Les deux montrent un intestin ayant une paroi épaissie, en particulier la musculeuse, avec une structure en couche qui persiste. L’épaississement concerne de nombreux segments intestinaux et est régulier et symétrique partout. Dans ces deux cas, le diagnostic différentiel inclut une MICI et un lymphome.
Fig 1: l’épaisseur de la paroi est de 2,9 mm, ce qui est un épaississement modéré.
ALL.MICI
Fig 2 : paroi de 4,9 mm d’épaisseur, ce qui est très important.

Boul.MICI-lsk

Biopsies intestinales
Seules des biopsies intestinales permettent de faire cette différence entre les deux maladies, et parfois même des immunomarquages sont requis car l’histopathologie seule (chez le chat en particulier) permet difficilement de faire la différence entre un lymphome à petites cellules et une infiltration lymphoplasmocytaire. Or, il est important de faire la différence entre ces deux maladies car les traitements et pronostics varient entre les deux entités.

La MICI doit donc être un diagnostic construit sur des éléments histopathologiques et non un dagnostic d’exclusion ou de non réponse aux traitements symptomatiques, ce qui permet ensuite au clinicien de mettre en place le traitement immunomodulateur approprié à la maladie.