Mucocèle Salivaire ou Sialocèle

La sialocèle est une accumulation de salive dans le tissu conjonctif au voisinage de la glande ou de son canal excréteur. Le terme de « kyste salivaire » a été utilisé à torts car la paroi entourant la sialocèle ne correspond nullement à une paroi kystique mais à une coque fibreuse, épaisse, tissée par l’organisme en réponse à l’inflammation produite.

Sa cause est indéterminée dans près de 90% des cas, même si des origines traumatiques sont souvent évoquées. Les sialocèles sont principalement constituées de salive muqueuse ; les glandes impliquées sont la glande sublinguale (qui est constituée d’une partie monostomatique accolée au pôle rostral de la glande mandibulaire et d’une partie polystomatique dans l’espace sous-lingual) pour les sialocèles cervicaux, sublinguaux et pharyngés et la glande zygomatique pour les sialocèles zygomatiques.

Présentation clinique

La localisation de la sialocèle dépend du point de rupture des lobules glandulaires ou du canal excréteur.

Sialocèle cervicale : c’est la forme la plus fréquente, elle se caractérise par une tuméfaction molle plus ou moins fluctuante en arrière de la mandibule en position latéro-ventrale ou ventrale.

cervical sialocoele 2 copie

Sialocèle sous-linguale (improprement appelée grenouillette) : caractérisée par une tuméfaction sous linguale molle et fluctuante. La masse peut déborder de la cavité buccale entre les dents et dévier la langue ; elle peut prendre un aspect hyperplasique ou ulcéreux en fonction du traumatisme provoqué par les dents. L’animal présente du ptyalisme et une gène pour s’alimenter.

sialocèle sous linguale

Sialocèle pharyngée : compte tenu de sa localisation à la paroi latérale de l’oropharynx et de son obstruction du pharynx et du larynx, les signes cliniques, outre une dysphagie éventuelle, sont principalement liés à l’obstruction respiratoire haute (dyspnée subite, respiration sifflante).

pharyngeal sialocele copie

Sialocèle zygomatique : la présentation clinique est celles d’un processus orbitaire (exophtalmie, chémosis, procidence de la membrane nictitante, strabisme, douleur à l’ouverture buccale).

Processus orbitaire associé à une sialadénite zygomatique:

processus orbitaire

Confirmation diagnostique

Le diagnostic repose sur la mise en évidence d’une collection liquide muqueuse après ponction à l’aiguille. En ce qui concerne les sialocèles zygomatique et pharyngée, moins accessibles, l’imagerie médicale en coupe (scanner ou IRM) permet de mettre en évidence une collection liquidienne respectivement en région sous-orbitaire ou en région pharyngée. Lorsque la ponction à l’aiguille ne révèle pas un liquide typiquement salivaire (muqueux, filant), l’imagerie en coupe permet le diagnostic différentiel entre une sialocèle, un abcès ou une tumeur.

IRM : Coupes dorsales des régions orbitaires ventrales en séquences GBASS (pondération T2) et FLAIR. Sialoadénite zygomatique chez un chien. Noter l’augmentation de volume de la glande salivaire zygomatique gauche (têtes de flèches rouges) qui apparaît en hypersignal GBASS et FLAIR par rapport à la glande droite (flèche verte). L’hypersignal du muscle ptérygoïde médial (MP) gauche est le témoin d’une myosite de voisinage.

IRM image 1

IRM : Coupe transversale des régions orbitaires en séquence T1 sans injection de produit de contraste et T1 post-contraste (T1+C). Sialoadénite zygomatique, même animal. Outre l’augmentation de volume de la glande salivaire zygomatique gauche (têtes de flèches rouges) noter le rehaussement marqué de cette glande, nettement plus important que celui de la glande droite ; il témoigne de l’hypervascularisation de la glande et de l’absence de cavitation. La myosite ptérygoïdienne gauche s’accompagne d’un rehaussement du muscle ptérygoïde médial (MP) gauche hétérogène plus intense que du côté droit. Une discrète exophtalmie gauche est visible.

IRM image 2

Diagnostic différentiel

Pour les sialocèles cervicales ou zygomatiques, un diagnostic différentiel doit être effectué avec un abcès cervical ou orbitaire consécutif, en particulier, à la pénétration d’un corps étranger par voie pharyngée.

Traitement

Le traitement des sialocèles repose sur l’exérèse complète des glandes salivaires responsables du problème : glande sublingual monostomatique et polystomatique avec canaux excréteurs pour les formes cervicale, sublinguale et pharyngée et glande zygomatique pour la forme du même nom. Pour la glande sublinguale, la résection se fait par abord chirurgical latéral modifié ou abord ventral de la région mandibulaire caudale. A noter que la glande salivaire mandibulaire est retirée en même temps car les glandes mandibulaire et sublinguale sont indissociables. Pour la glande zygomatique l’intervention se fait par orbitotomie latérale. Lors de sialocèle de grand volume, la collection de salive est drainée après incision cutanée ou par incision muqueuse pour la forme sublinguale.

Exérèse chirurgicale de glande salivaire : 

Exerese chir gl saliv

Résultats et complications

Après identification précise d’une sialocèle et résection complète de la glande mandibulaire, des parties monostomatique et polystomatique de la glande sublinguale et des canaux excréteurs les résultats approchent 100% de réussite. Les échecs sont dus soit à une erreur diagnostique (abcès cervical, mauvaise identification du côté atteint) ou à une erreur technique (exérèse d’un ganglion mandibulaire réactionnel au lieu de la glande, ablation insuffisante des parties polystomatiques de la glande sous linguale).