Résistance des puces aux insecticides

Les résistances aux insecticides sont fréquentes, mais celles des puces sont assez rares. Ainsi, un site officiel qui recense les résistances publiées à travers le monde (Arthropod Pesticide Resistance Database (APRD) http://www.pesticideresistance.com/) ne rapporte pour la puce Ctenocepahiles felis que des résistances à des insecticides anciens qui ne sont plus utilisés aujourd’hui.

Ctenocephalides felis
Pourtant, tant les maîtres de chiens ou de chats que les vétérinaires ont parfois la sensation que des échecs thérapeutiques sont attribuables à des résistances aux insecticides.  Une revue récente permet d’y voir plus clair (1).
Les auteurs rappellent qu’il est impossible sur le terrain de mettre en évidence une résistance et que celles-ci n’ont été décrites pour la puce que dans une clientèle de Floride. Les causes de « résistance » apparente sont en fait dues à des traitements incomplets ou un changement des conditions environnementales :
–    Application de produits en pipette dans les poils, frictionnés ou léchés par des congénères
–    Non absorption des produits administrés per os (ex : spinosad donné à jeun)
–    Traitements trop espacés (ou interrompus, ex : hiver)
–    Absence de traitement des congénères
–    Pics d’infestation saisonnier (ex : octobre presque tous les ans)

Enfin, rappelons qu’il est normal de voir de puces sur un animal même plus d’un mois après l’application d’un produit insecticide. Ces puces étaient protégées dans leur cocon lors de l’application de l’insecticide et peuvent contaminer un animal quelques heures avant de mourir

En fait, l’éclosion d’une résistance chez les puces du chien et du chat est peu probable parce qu’il existe un réservoir d’animaux (sauvages et domestiques) non traités ayant donc un patrimoine génétique indemne des gènes de résistance (notion de refuge).
Pour imiter les risques, il est primordial de suivre les règles suivantes :
–    Conserver les produits correctement
–    Appliquer les produits sans sous-dosage, en suivant scrupuleusement les recommandations
–    Utiliser des traitements différents dans l’environnement et sur les animaux
–    Adapter les traitements aux animaux, à leur environnement et mode de vie
Les auteurs recommandent aux vétérinaires de mettre en place des programmes intégrés et rationnels de traitements antiparasitaires, d’y former leur personnel et les propriétaires des animaux (explication du traitement, démonstration de soins). Il existe une multitude de produits très efficaces avec des modes d’actions et des présentations (comprimés, pipettes, sprays, colliers…) très différents et des spectres plus ou moins larges, permettant une adaptation à tous les cas de figure.
La connaissance précise des cibles des insecticides permet le développement d’outils génétiques prometteurs permettant d’effectuer de véritables sondages de détection de mutations et donc de résistances.
L’avenir des techniques alternatives est pour l’heure très limité. Le seul traitement bio efficace est l’utilisation de vers parasites des puces (Steinernema carpocapsae, Capsanem®, Palmanem®)(2). Hélas, leur application au sol nécessite des conditions d’humidité stricte (>20%, or les larves de puces sont plutôt en sol plus sec) rendant leur utilisation et leur efficacité décevantes (1).

1.    Coles TB, Dryden MW. Insecticide/acaricide resistance in fleas and ticks infesting dogs and cats. Parasit Vectors. 2014;7(1):8.
2.    Henderson G, Manweiler SA, Lawrence WJ, Tempelman RJ, Foil LD. The effects of Steinernema carpocapsae (Weiser) application to different stages on adult emergence of the cat flea Ctenocephalides felis (Bouché). Vet Dermatol. 1995;6:159-63.