Dermatite Atopique Canine et Tabagisme Passif

Le titre, voire même le résumé d’une publication récente, laissent croire à une association directe entre tabagisme passif et développement de la dermatite atopique canine (DAC) (1). Pourtant, la lecture de cette publication montre que les résultats de cette étude (sur un nombre très faible de sujets pour une étude « épidémiologique » : 161) ne met pas en évidence de lien entre tabagisme passif et DAC ! Les auteurs s’appuient sur les résultats d’une stratification sur le nombre de cigarettes. Dans le groupe des gros fumeurs (plus de 20 cigarettes par jour) il existe une différence entre les deux groupes : 10/78 chiens sains versus 3/10 dans le groupe (DAC).
Il existe de nombreux biais de recrutement à commencer par les races et les types de consultations. Les animaux sains sont recrutés en consultation vaccinale, or les auteurs ne précisent pas si l’on recherche systématiquement des signes de DAC lors de ces consultations vaccinales. Si ce n’est pas le cas, des chiens atteints de DAC sont probablement présents dans le groupe « sain ». Comme les auteurs le remarquent la répartition des races est différentes entre chaque groupe, des races de grands atopiques étant plus présentes dans le groupe DAC (bouledogue français West Highland white terrier). Une telle différence rend inopérante toute comparaison. En effet, on ne peut pas comparer un facteur environnemental entre deux groupes hétérogènes l’un présentant plus de chiens prédisposés à la maladie que l’autre. Il faudrait idéalement, comme cela a toujours été fait dans les rares études épidémiologiques sur la DAC, comparer des groupes de même race vivant dans des conditions différentes. Or faute d’un nombre suffisant d’animaux, les auteurs n’ont pas stratifié les résultats par race. On notera à propos de statistiques que l’utilisation du test statistique sur le groupe des gros fumeurs est discutable, le nombre de chiens étant trop faible dans le groupe DAC (4, alors qu’il en faut au moins 5).
On pourrait étendre la discussion à l’infini en toute bonne ou mauvaise foi, selon que l’on est défenseur des fumeurs ou en croisade contre le tabagisme. Comme les auteurs le soulignent en fin de discussion, on peut utiliser ces résultats pour aider des propriétaires à arrêter de fumer, ce qui sera toujours positif.
Ils ont imaginé un rapport de causalité impossible à établir entre tabagisme et DAC, mais ils n’évoquent pas un lien inverse : celui de la dermatite atopique du chien prédisposant au tabagisme de ses propriétaire (les tests statistiques étaient-ils uni ou bilatéraux ?). En effet, les études le prouvent, cette maladie est un facteur de stress très important pour les propriétaires ce qui peut les inciter à fumer ou augmenter leur consommation de tabac ; enfin le tabac peut aider à masquer l’odeur de certains animaux très malades…
L’augmentation du prix des cigarettes va-t-elle contribuer à diminuer la fréquence et la gravité de la DAC ? Affaire à suivre…

1. Ka D, Marignac G, Desquilbet L, Freyburger L, Hubert B, Garelik D, et al. Association between passive smoking and atopic dermatitis in dogs. Food Chem Toxicol. 2014 Apr;66:329-33.