Maladie Virale Hémorragique du lapin (VHD) : Un virus variant insidieux

La maladie hémorragique virale du lapin (VHD) est une maladie virale régulièrement mortelle et fortement contagieuse pour le lapin européen (Oryctolagus cuniculus). La première description en a été faite en Chine en 1984. Elle est apparue en France au cours de l’été 1988. Le virus s’est ensuite progressivement répandu à travers le monde par le biais d’exportations de lapins.

Forme classique de la maladie

La forme classique de la maladie est caractérisée par une mort rapide consécutive à une hépatite : après une courte période d’incubation (24 à 48 heures), 30 à 90% des lapins d’une population contaminée meurent brutalement en 1 à 5 jours. Heureusement, le développement de vaccins efficaces a permis de contrôler rapidement cette maladie. 145253mad

De nouvelles épidémies inexpliquées

En 2010, on a remarqué une recrudescence de la maladie au sein de populations de lapins d’élevage vaccinés. L’affection évoluait dans ces élevages sur un mode moins aigu (20 % de mortalité) que la forme classique. Parallèlement, à la même période et dans les mêmes régions, on constatait des cas de VHD chez des populations de lapins de garenne à des taux de mortalités qui n’étaient plus observés depuis longtemps.

Identification d’un nouveau variant du virus de la VHD

Les recherches d’une équipe française ont permis de caractériser ce nouveau virus et de démontrer qu’il forme à lui seul un nouveau groupe relativement distant du virus classique de la VHD (1). La distance entre ces deux virus permet de comprendre pourquoi le vaccin classique de la VHD ne protège pas correctement contre le nouveau variant.

Caractéristiques de la maladie provoquée par le nouveau variant

Si la forme classique de la VHD était rapidement fatale pour des populations entières de lapins, la nouvelle forme montre des taux de mortalité moindres : quelques lapins meurent toujours aussi rapidement, mais beaucoup d’entre eux sont malades sans présenter de symptômes très alarmants. Parmi ceux-ci, certains vont mourir alors que d’autres ne vont plus présenter de symptômes. C’est là le danger de cette nouvelle forme : il existe une période pendant laquelle les lapins disséminent le virus sans montrer de signes extérieurs qui puissent alerter sur le risque de contagion.

Transmission du virus, persistance dans le milieu extérieur

La transmission du virus se fait par contact direct entre lapins. Contrairement à la myxomatose, les insectes piqueurs ne sont pas vecteurs de cette maladie. Cependant, il existe un risque élevé de transmission indirecte (par les crottes, les urines ou autres sécrétions) car ce virus est très résistant (jusqu’à 4 mois) dans le milieu extérieur. Il résiste en outre à la congélation. La litière, les cages, les vêtements et tout matériel ou être vivant entrant en contact avec les lapins malades sont donc susceptibles d’être contaminés.

Les fourrages peuvent également être contaminés par les lapins sauvages : en effet, le virus peut persister longtemps dans les déjections des lapins malades, mais aussi dans les corps des lapins décédés de cette maladie. Il peut être alors transporté mécaniquement par les mouches ou par les déjections des renards ou autres carnivores qui se sont nourris de cadavres contaminés.

A la différence des souches classiques, le virus variant semble persister chez l’animal sur de longues périodes en entraînant des morts en faible nombre, mais régulières. Il existe donc plus de lapins survivants dans une population atteinte avec la forme variante qu’avec la forme classique. Ceci augmente donc la fréquence de dissémination du virus variant au travers des déjections ou des corps de lapins mort par rapport à la forme classique.

Quels risques pour le lapin de compagnie ?

Outre les élevages, ce virus s’est rapidement répandu dans les populations sauvages de toute la France et de plusieurs pays d’Europe. Il peut également contaminer les lapins de compagnie. Celui-ci vit en général seul ou en petits groupes isolés, ce qui limite mais n’exclut pas les risques de contamination. Ces risques sont décrits ci-dessous :

  • Les animaux ayant accès aux jardins dans des zones où existent des populations de lapins sauvages sont directement exposés au risque.
  • Compte tenu de la persistance du virus dans le milieu extérieur, le foin comme tout végétal ingéré par la lapin représente une source possible de contamination.
  • L’arrivée d’un nouveau congénère, qu’il soit issu d’un élevage, recueilli dans la nature, adopté d’un refuge ou acheté en animalerie peut donc être une source de contamination.

Efficacité des vaccins

La meilleure solution pour protéger les lapins de toutes les formes de la VHD est la vaccination. Les vaccins contre la forme classique donnent une protection complète durant en principe 12 mois dans les 5 à 7 jours suivant la vaccination. En l’absence de protection croisée entre le virus classique et variant, il est cependant impératif de disposer de vaccins dirigés contre les deux virus pour contrôler efficacement cette maladie.

Un vaccin inactivé pour ce nouveau variant a été mis au point en 2012. Il confère une immunité complète face au virus variant en condition expérimentale et sur le terrain. Il peut s’administrer à partir de l’âge d’un mois. Cependant, les observations réalisées en élevage de lapins domestiques ou sauvages vaccinés montrent que la durée de protection vaccinale est plus courte que pour la forme classique. Un rappel est conseillé tous les 6 mois.

La diffusion rapide de ce nouveau variant en France et dans d’autres pays européens est donc une menace majeure pour les populations de lapins. La vaccination contre le nouveau variant est la meilleure garantie de protection pour le lapin de compagnie. Afin de protéger correctement un lapin contre la VHD, l’idéal est donc de vacciner une fois par an contre la forme classique et tous les six mois contre le nouveau variant. Les deux vaccins peuvent être associés

Références :

Le Gall-Reculé G, Boucher S, Le Normand B et al : Detection of a new variant of rabbit haemorrhagic disease virus in France. Vet. Rec., 2011a. 168: 137-138.

Le Minor O. Beilvert F., Le Moullec T et al : Evaluation de l’efficacité d’un nouveau vaccin contre le virus variant de la maladie hémorragique virale du lapin (VHD). Proceedings des 15 èmes Journées de la Recherche Cunicole, 19-20 novembre 2013, Le Mans, France.

Boucher S. : La nouvelle forme de Maladie Hémorragique Virale (VHD) due au virus variant 2010 a désormais un vaccin en France. LABOVET CONSEIL (Réseau Cristal) – ZAC de la Buzenière – BP 539 – 85505 Les Herbiers cedex. France

Mitro, S., and H. Krauss. 1993. Rabbit hemorrhagic disease: a review with special reference to its epizootiology. Eur J Epidemiol, 9:70-8.

Moss, S. R., Turner S.L., Trout R.C. et al. 2002. Molecular epidemiology of Rabbit haemorrhagic disease virus. J Gen Virol, 83:2461-7.

Henning, J., Meers J., Davies P.R.et al. 2005. Survival of rabbit haemorrhagic disease virus (RHDV) in the environment. Epidemiol Infect,133:719-30.

Boucher S, Boucrault-Baralon C, Dile B et al Etude de la persistance du virus RHVD à l’aide d’une technique RT-PCR dans l’environnement d’élevages de lapins en vue d’expliquer des récidives de la Maladie Hémorragique Virale (VHD) Proceedings des 11èmes Journées de la Recherche Cunicole, 29-30 novembre 2005, Paris

Boucher S, Le gall- Reculé G, Le Normand B et al Nouvelle forme de maladie hémorragique virale due au virus “variant 2010” Le Point Vétérinaire / Juillet-août 2012 / N° 327