Démodécie : Données Actualisées

Par les Drs Cochet-Faivre, dip ECVD et Prélaud, dip ECVD spécialistes en dermatologie

La démodécie canine est une dermatose parasitaire relativement fréquente liée à la multiplication anormale, dans les follicules pileux du chien et plus rarement dans les glandes sébacées, d’un acarien appelé Demodex.

Le parasite, mode de vie

Demodex canis l’agent principal de la démodécie est un acarien qui fait partie de la microfaune normale de la peau et des conduits auditifs externes du chien, une majorité de chien héberge donc des Demodex sans qu’il n’y ait de dermatose associée.

Tous les mammifères sont naturellement porteurs de Demodex comme l’homme, le chat, la souris, le hamster …

Le Demodex se nourrit de sébum et de squames. Ils vivent essentiellement dans les follicules pileux, se reproduisent à la surface de la peau. Une femelle pond une vingtaine d’œufs dans les follicules pileux qui se transformeront en larves, nymphes puis adultes. La durée du cycle (temps nécessaire entre fécondation et apparition d’un nouveau parasite adulte) est de deux semaines environ.

Chez le chien, on décrit morphologiquement et phylogénétiquement plusieurs Demodex, mais le plus fréquent est Demodex canis. Quel que soit le Demodex, cela ne modifie pas l’attitude thérapeutique lorsque des lésions secondaires à une démodécie sont présentes.

Transmission, contagiosité

Il n’y a pas de survie du Demodex dans le milieu extérieur. Les acariens sont transmis au chiot par la maman-chienne dans les premiers jours de vie. Seize heures après la naissance les premiers acariens sont retrouvés dans les follicules pileux du chiot. La transmission des parasites à partir de chiens exprimant des signes cliniques vers un chien non atteint n’est habituellement pas décrite et cette dermatose est considérée comme non contagieuse. Toutefois et quoique non décrits dans la bibliographie des cas de contagion sont rapportés à partir de chiens adultes ou de chiots très infestés vers des congénères avec lesquels ils sont très en contact physique.

La maladie n’est pas contractée à partir du milieu extérieur.

Les Demodex étant spécifiques d’une espèce il n’y a pas de risque de contamination, par exemple, d’un humain, d’un chat (…) par un chien démodécique.

Pathogénie

Un déficit immunitaire est présent lors de l’expression généralisée de la maladie.

La maladie s’exprime chez le jeune chien entre l’âge de 3 mois et 3 ans mais préférentiellement chez le chiot âgé de moins d’un an, on parle alors de démodécie juvénile. Une prédisposition génétique semble jouer un rôle dans l’expression de la maladie dans la mesure où l’on observe que certaines races sont plus affectées que d’autres (carlin, doberman, bouledogue, staffie, staffordshire terrier, shih tzu …) et que le retrait des reproducteurs affectés diminue l’incidence de la maladie. Des facteurs prédisposants autres que la race sont également décrits comme l’âge, le pelage court, une alimentation de mauvaise qualité, l’oestrus, la mise-bas, le stress et les maladies.

La démodécie est décrite chez l’adulte ou chez l’animal âgé présentant une maladie intercurrente (syndrome de Cushing, cancer, …) ou une thérapie (cortisone, oclacitinib, chimiothérapie …) favorisant un immunodéficit.

Des cas de démodécie majoritairement chez l’animal âgé sont décrits sans mise en évidence de cause sous-jacente, on parle alors de démodécie idiopathique.

Signes cliniques

Les premières lésions sont souvent identiques dans les races à poils courts et s’expriment par une alopécie (perte de poil focale) nummulaire (en forme de pièce de monnaie) associée à des squames (pellicules) de petite taille apparaissant souvent initialement sur la face et les membres.

La présence de comédons (points noirs) de couleur ardoisée est très fréquente chez les chiens à poils courts en particulier chez le Carlin, le Doberman.

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Des complications infectieuses accompagnent fréquemment la démodécie et de nouvelles lésions qui révèlent une infection bactérienne du follicule pileux (racine des poils dans lesquels prolifèrent les Demodex) vont se manifester par la présence de pustules.

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Lors de démodécie sévère ou étendue, des lésions plus graves peuvent apparaitre signant une infection profonde de la peau, ce sont les lésions de furonculose (rupture du follicule pileux) et de cellulite bactérienne. Là encore le carlin et le doberman sont particulièrement prédisposés, le carlin avec des lésions de furonculose faciale et le doberman avec des lésions de furonculose des doigts. Ces lésions sont particulièrement douloureuses et leur évolution s’accompagne souvent d’une diminution de l’état général (perte d’’appétit, refus de jouer, parfois fièvre). Sans traitement adéquat, l’évolution peut être fatale avec septicémie, insuffisance rénale et mort de l’animal.

Diagnostic

Le diagnostic de certitude est en général facile lorsqu’il n’y a pas eu de traitement. Il consiste à mettre en évidence à l’aide d’une épilation, d’un raclage cutané la présence des parasites qui sont visibles au microscope.

Diagnostic différentiel

Selon le stade de la démodécie et l’âge de l’animal les hypothèses diagnostiques qui reposent sur l’examen clinique varient. Chez le jeune, qui présente des zones dépilées rondes, le diagnostic différentiel est à faire entre une infection bactérienne superficielle accompagnant une maladie fréquemment retrouvée dans les races également concernées par la démodécie en France la dermatite atopique canine, une dermatophytie (teigne, maladie transmise par un champignon) et une démodécie.

Traitement

Il existe de très nombreux cas de guérison spontanée. Il semblerait que seulement environ 20 % des cas de démodécie localisée (= quelques zones alopéciques <5) puissent évoluer vers une démodécie généralisée. Certaines démodécies généralisées ont, elles aussi, une évolution spontanément favorable en plusieurs semaines. Toutefois, lorsque les lésions ont tendance à s’étendre, connaissant le pronostic parfois défavorable de la maladie, le coût des traitements sur le long terme, il est recommandé de ne pas trop attendre avant de commencer à traiter.

Le traitement peut parfois être long il varie entre 2 mois et 1 an. Il est de 5-7 mois en moyenne. Il nécessite un suivi régulier avec raclage cutané chez le vétérinaire. Le traitement n’est suspendu qu’en l’absence de lésion clinique et raclage négatif deux fois à un mois d’intervalle.

Il existe plusieurs traitements pour la démodécie qui ont prouvé leur efficacité que ce soit par voie topique (application de lotion, de pipette) ou par voie orale.

Parmi ces traitements, certains possèdent une indication pour cette dermatose, d’autres n’en possèdent pas mais seront proposés en cas de non réponse ou de réponse insuffisante au traitement autorisé.

L’arrivée de nouveaux antiparasitaires externes de la famille des isoxazolines, qui ne possèdent pas actuellement d’indication pour le traitement de la démodécie mais dont les études montrent une efficacité remarquable, va probablement diminuer la prévalence de cette maladie. Ils sont actuellement sur le marché vétérinaire avec pour indication principale la prévention contre les puces et les tiques.

Le choix du traitement se fait en fonction de l’étendue et de la gravité des lésions mais aussi en fonction de la réponse thérapeutique. Tous les chiens, même au sein d’une même race, ne vont pas répondre de façon identique à un traitement donné et il sera parfois nécessaire de faire des associations de traitement.

Des soins antiseptiques (shampoing ou lotions) parfois antibiothérapie par voie orale accompagnent le traitement antiparasitaire.

La stérilisation est conseillée dans les formes rebelles car les changements hormonaux sont décrits comme facteurs favorisants et la reproduction n’est pas recommandée.

Des traitements incluant le lévamisole, la vitamine E des préparations homéopathiques ou à base d’huile essentielle, de plantes, de deltaméthrine ont été étudiés et n’ont pas prouvé leur efficacité, ils ne sont donc pas recommandés.

Dans tous les cas, un suivi mensuel (ou tous les deux mois) doit être préconisé et une amélioration rapide et persistante des lésions doit être observée.