Biopsie de nerf

Par les Drs  Gnirs, DV, dip. ECVN et Papageorgiou, DV, résidente ECVN

La biopsie de nerf consiste à prélever une partie d’un nerf pour le soumettre à l’analyse histologique, dans le but de déterminer la cause de la neuropathie et de proposer un traitement adéquat. Il s’agit d’un examen invasif faisant généralement suite à d’autres tests confirmant une affection nerveuse :

  • un examen clinique révélant une atteinte de type motoneurone périphérique d’un ou plusieurs membres et
  • un examen électrodiagnostique témoignant d’une anomalie de conduction nerveuse.

Même si ces deux examens apportent des informations sur les territoires lésés et la gravité de l’atteinte fonctionnelle, seule l’analyse histologique de tissu nerveux permet de révéler le processus pathologique impliqué et la maladie responsable. La plupart des modifications pathologiques recherchées concernent les dégénérescences et dystrophies axonales, et les démyélinisations primaires.

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Photo 1 : Le choix du nerf (planche anatomique)

Le nerf prélevé doit bien-sûr présenter une anomalie fonctionnelle. Il doit être facilement accessible (superficiel), de diamètre suffisant, et de caractéristiques morphométriques bien établies par le laboratoire. Le nerf le plus communément prélevé est le nerf fibulaire commun. C’est un nerf mixte, possédant des fibres sensitives, motrices et autonomes. Il est facilement accessible en région latéro-caudale du grasset.

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Photo 2 : Préparation : La biopsie s’effectue sous anesthésie générale après préparation chirurgicale de routine de la peau. Le chien est placé en décubitus latéral. Le nerf fibulaire peut être palpé caudo-latéralement à la partie distale du fémur et de la partie proximale du tibia.

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Photo 3 : Une incision de 5 cm est réalisée, exposant le fascia du muscle biceps fémoral. Après palpation du nerf, une incision de 4 cm est réalisée le long du fascia. Le nerf est alors facilement palpable superficiellement au chef latéral du muscle gastrocnémien et se devine au cœur du tissu graisseux et conjonctif environnant.

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Photo 5 : Une dissection fine permet d’individualiser le nerf du tissu graisseux et conjonctif environnant.

Photo 6 : 6A et 6B – Une suture 4/0 est placée dans la région proximale du nerf, intégrant moins d’un tiers du diamètre du nerf. Dans le cas où une proportion trop importante du nerf serait prélevée, un déficit neurologique permanent pourrait être observé.

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Photo 7 : Après incision en amont de la suture, une traction associée à une incision le long du faisceau nerveux isolé est effectuée. La longueur du prélèvement est de 2 à 4 cm.

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Photo 8 : Il est indispensable de connaître les détails spécifiques de fixation et de transport requis par le laboratoire avant d’effectuer le prélèvement. Plusieurs types d’analyse peuvent être proposés :

  • Un examen histologique classique : le nerf est placé dans du formol 10%,. Cette analyse permet une évaluation histologique basique du nerf révélant une démyélinisation, une dégénérescence axonale, la présence d’infiltrats cellulaires inflammatoires ou des modifications cellulaires et nucléaires.
  • Un examen microscopique en coupe semi-fine ou en fibres uniques, permettant une investigation plus détaillée des lésions nerveuses. La fixation et les colorations sont alors effectuées par le laboratoire spécialisé. La section de nerf prélevée doit alors être placée sur une compresse subtilement humidifiée (photo 8) et transmise au laboratoire en moins de 24h.

Modifications pathologiques recherchées.

Origine Histologie
Dégénérescence axonale Traumatisme, intoxication, anomalies métaboliques Perte de myéline secondaire avec formation d’ovoïdes de myéline
Dystrophie axonale Accumulation d’éléments du cytosquelette (microtubule, neurofilament) Gonflement de l’axone ou formation de « sphéroides ». Perte de myéline souvent associée
Démyélinisation primaire Perte de myéline soit segmentaire impliquant l’inter-nœud dans son ensemble ou uniquement en région paranodale. Prolifération des cellules de Schwann en « bulbe d’oignon » lors de maladie chronique.
Infiltrats inflammatoires Polyradiculonévrite

Névrite protozoaire ou bactérienne

Cellules tumorales Tumeur radiculaire ou lymphome
Accumulation de matériel de surcharge Leucodystrophie à cellules globoïdes ou autre maladie lysosomale