Apports de l’imagerie médicale dans le traitement des abcès du lapin

Par les Drs Isabelle Druet, DMV, B.Sc., Résidente en Dentisterie EVDC, Hugues Gaillot DV, M.Sc., Dipl. ECVDI, Spécialiste en Imagerie Médicale & Leslie Guillon, DVM

Les lapins sont fréquemment sujets aux abcès dentaires. Les signes cliniques observés lors d’abcès dentaires ne sont pas spécifiques. Ces signes peuvent aussi traduire la présence d’un abcès non-dentaire de la face ou celle d’une maladie dentaire non compliquée d’abcès.

L’imagerie médicale est couramment utilisée pour confirmer ou exclure un abcès dentaire chez le lapin. Lors d’abcès dentaire l’imagerie médicale a pour objectif d’établir un bilan lésionnel local précis afin de proposer le plan thérapeutique le plus approprié.

Les deux modalités d’imagerie médicale utilisées dans la recherche et le bilan des abcès dentaires chez le lapin sont la radiographie et la tomodensitométrie.

  1. Signes cliniques d’appel d’abcès dentaire chez le lapin
Signes fortement évocateurs d’abcès Signes peu spécifiques d’abcès dentaire
Gonflement localisé des tissus mous (« masse »)

·       sous-orbitaires

·       paramaxillaires

·       paramandibulaires

Pus intra-oral

Anorexie, abattement

Œil rouge

Epiphora purulent – Jetage purulent

Ptyalisme

Exophtalmie

Tableau I : signes cliniques pouvant être observés lors d’abcès dentaire chez le lapin

  1. Diagnostic différentiel

La présence d’un ou plusieurs des signes cliniques présentés dans le tableau I conduit à considérer, outre un abcès dentaire, le diagnostic différentiel suivant :

– Abcès de la face d’origine non-dentaire

* abcès du canal salivaire parotidien (corps étrangers alimentaires)

* abcès par effraction cutanée (traumatisme, morsure …)

* abcès secondaire à une rhinite suppurée érosive

– Dacryocystite

* primitive (idiopathique)

* secondaire (obstruction lacrymale par rétrocroissance dentaire, dacryolithe, exostose …)

– Rétrocroissance dentaire marquée.

  1. Dentition normale du lapin : aspect en imagerie

3.1. Radiographie

L’examen radiographique dentaire du lapin comprend à minima quatre incidences : incidence de profil (LL), incidence de face (DV) et deux incidences latérales obliques (LO) choisies en fonction des régions à examiner.

Figure 1a : positionnement pour un cliché radiographique de profil (incidence LL).

Traction appliquée sur un lien accroché aux incisives maxillaires principales. Centre du faisceau : flèche.

Figure 1b : anatomie radiographique de la tête en incidence LL (os et dents)

Os nasal (ON), os maxillaire (OM),  palais dur (PD), corticales mandibulaires dorsales (CdM), corticales mandibulaires ventrales (CvM), foramens optiques (FO), ramus (RM), processus coronoïdes (PC) et processus angulaires (PA) mandibulaires, bulles tympaniques (BT), protubérance occipitale (PO).

Les dents droites et gauches sont superposées. Le cliché LL montre deux paires d’incisives maxillaires (I1 et I2 verts), une paire d’incisives mandibulaires (I bleue), six paires de dents jugales (DJ) maxillaires (chiffres verts) et cinq paires des dents jugales mandibulaires (chiffres bleus).

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Figure 2a : Positionnement pour un cliché radiographique de face (incidence DV)

Tête maintenue en contact avec la plaque radiographique à l’aide d’un sparadrap. Centre du faisceau : flèche.

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Figure 2b : anatomie radiographique de la tête en incidence DV (os et dents)

Tubérosité faciale (TF), arc zygomatique (AZ), corticales mandibulaires (flèches bleues) latérale (CML) et médiale (CMM). Les dents jugales maxillaires sont visualisées « en coupe » (chiffres verts). L’apex de la DJ2 maxillaire se projette plus latéralement que ceux des autres DJ maxillaires (courbure prononcée).

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Figure 3a : Positionnement pour un cliché radiographique latéral oblique (incidence LODG), dédié à l’arcade mandibulaire gauche.

L’arcade mandibulaire gauche (Md G) est projetée sur la plaque sans superposition à une autre arcade dentaire. Cette position dégage aussi l’arcade maxillaire droite (Mx D).

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Figure 3b : Cliché normal en incidence LODG dédié à l’arcade mandibulaire gauche.

Objectif : dégager l’arcade mandibulaire proche de la plaque, dans ce cas l’arcade gauche. Les apex des DJ mandibulaires gauches (astérisques bleus) et des DJ maxillaires droites (astérisques verts) sont dégagés de la superposition radiographique avec les dents controlatérales. La ligne corticale ventrale de la mandibule gauche (trait bleu) en regard des DJ1, DJ2 et DJ3 correspond au bord ventrolatéral de la mandibule gauche.

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Figure 3c : Cliché normal en incidence LOGD gueule ouverte, dédié à l’arcade maxillaire droite.

Objectif : dégager l’arcade maxillaire proche de la plaque, dans ce cas l’arcade droite (étoiles vertes). Les apex des DJ de l’arcade mandibulaire controlatérale (gauche) sont dé-superposés (astérisques bleus). L’ouverture buccale forcée permet d’obtenir un dégagement des deux arcades maxillaires (astérisques et polygone verts).

 

3.2. Tomodensitométrie

La tomodensitométrie (TDM) présente plusieurs avantages par rapport à la radiographie. Technique d’imagerie en coupes, la TDM évite la superposition des structures anatomiques (notamment osseuses et dentaires) qu’impose la radiographie et qui rend l’interprétation des images radiographiques difficile. De plus, elle présente une meilleure résolution en contraste qui permet de distinguer les tissus mous sains des régions cavitaires et des régions vascularisées observées dans les lésions abcédées.

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Figures 4a à 4c : Images TDM normales : reconstructions multiplan (MPR) et algorythme osseux.

(4a transverse, 4b dorsale, 4c sagittale). Les lignes fines de couleur représentent sur chaque image le plan de coupe des deux autres images. Flèches : 2èmes dents jugales (DJ2).

 

Figures 5a et 5b : Images TDM en coupe transversale et algorythme tissulaire.

Examen avant (5a) et après (5b) injection IV de contraste iodé.

  1. Images anormales

 

Figure 6a à 6c : Abcès dentaires mandibulaires chez trois lapins

(6a) Abcès dentaire péri-apical : apex de DJ4 entouré par une zone radiotransparente (flèches rouges) sans architecture osseuse alvéolaire décelable indiquant un foyer localisé de lyse osseuse péri-apicale. Rétrocroissance débutante de DJ2 et DJ3.

(6b) : Abcès dentaire intramandibulaire : large lésion lytique autour des couronnes de réserve des DJ4 et DJ5 mandibulaires (flèches jaunes) indiquant une ostéomyélite mandibulaire d’origine dentaire. Remaniements des dents jugales (oblitération, rétrocroissance, déformation et résorption). Rétrocroissance des incisives (cercles).

(6c) : Abcès dentaire mandibulaire sous-cutané (fistule) : gonflement/minéralisation des tissus mous en regard des apex des DJ1 à DJ4 mandibulaires gauches (flèches jaunes). Modifications très importantes des DJ mandibulaires gauches avec lyse de la corticale mandibulaire ventrolatérale, disparition des lamina dura et diminution de densité osseuse autour des couronnes de réserve.

Figures 7a à 7c : Abcès sous-orbitaire non dentaire

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(7a et 7b) : images TDM tissulaires postcontraste IV transversale et dorsale montrant une lésion cavitaire péri-zygomatique droite avec rehaussement périphérique.

(7c) : image TDM osseuse : arcades dentaires droites normales (coupe transversale au niveau des DJ4).

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Figures 8a et 8b : Abcès rétrobulbaire dentaire (DJ5 maxillaire gauche)

(8a) : reconstruction tissulaire avant injection de contraste : masse minéralisée intra-orbitaire gauche (flèches) induisant une exophtalmie.

(8b) : reconstruction osseuse : médialement à la masse minéralisée intra-orbitaire gauche, l’os alvéolaire de DJ5 maxillaire est lysé et DJ5 présente des signes de rétrocroissance, oblitération et résorption partielle.

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Figures 9a à 8c : Abcès du canal salivaire parotidien gauche

Images TDM avant (9a) et après (9b, 9c) injection intraveineuse de produit de contraste. Notez le gonflement des tissus mous de la joue gauche (astérisque) et la dilatation liquidienne du canal salivaire parotidien (flèches).