Le méningiome : une tumeur à traiter en priorité par la chirurgie

Par les Drs K. Gnirs, dip ECVN, spécialiste en neurologie & S. Papageorgiou, DV, CEAV de médecine interne, Résidente ECVN

Les tumeurs intracrâniennes chez les carnivores domestiques ne sont absolument pas systématiquement de mauvais pronostic. Les tumeurs les plus fréquentes chez le chat et le chien âgés sont les méningiomes (plus de 2/3 des cas). Ces derniers affectent généralement des animaux âgés (médiane de 13 ans chez le chat, 9 ans chez le chien). Les races les plus représentées chez le chien sont le golden retriever et le boxer.

La mise en évidence de la lésion (localisation, nature, extension, conséquences sur le parenchyme cérébral) nécessite l’imagerie médicale.

Le traitement chirurgical doit être proposé du fait du bon pronostic de récupération dans les cas suivants :

  • lors de forte présomption de méningiome à l’imagerie médicale : cf. encadré 3.
  • lors de localisation intracrânienne accessible : si la masse est localisée dans la fosse rostrale, en périphérie ou au niveau de la faux, la voie d’abord est souvent aisée. Lorsqu’elle est plaquée sur le plancher du crâne ou en région sous-tentorielle, l’accès est plus délicat, parfois même impossible.
  • lors de lésion unique.

Chez le chat, 14% des méningiomes sont multiples. De l’expérience de l’auteur et des dernières publications, l’exérèse chirurgicale n’est pas forcément de plus mauvais pronostic lors de lésions multiples que lors de masse isolée. Le facteur à prendre en considération est surtout la localisation des lésions.

Du point de vue histologique, ces tumeurs sont généralement de bas grade, d’évolution lente et peu invasives (notamment chez le chat). La gravité de l’affection résulte surtout de la localisation de la masse dans un milieu clos qu’est la boîte crânienne, engendrant des signes cliniques souvent dramatiques du fait de la compression du parenchyme cérébral. Le pronostic de récupération de l’animal est considérablement amélioré après intervention chirurgicale. La durée de vie est en moyenne de :

  • 60 à 80 jours chez le chien, lors de traitement médical isolé (corticoïdes, anticonvulsivants), 20 jours chez le chat.
  • 5 à 16 mois lors de radiothérapie isolée chez le chien
  • 7 à 40 mois chez le chien lors de chirurgie, 24 mois chez le chat
  • 16,5 lors de chirurgie complétée par des séances de radiothérapie chez le chien
  • 30 mois lors de chirurgie associée à une chimiothérapie (Hydroxyurée) (peu de cas décrits).

Le facteur pronostique le plus important à prendre en considération est la nature histologique (sous-type) du méningiome. Ainsi, les méningiomes transitionnels, psammomateux et méningothéliaux, sont de meilleur pronostic que les autres sous-types.

Signes cliniques d’appel d’une tumeur intracrânienne

Ces signes dépendent de la localisation de la lésion et non de la nature de la tumeur. Les plus fréquents sont :

  • Troubles du comportement ;
  • Troubles la vigilance ;
  • Crises convulsives (partielles ou généralisées) ;
  • Pousser au mur, tourner en rond ;
  • Perte de vision ;
  • Troubles locomoteurs ;
  • Anomalies des nerfs crâniens (paralysie faciale, syndrome vestibulaire, troubles de la mastication, de la déglutition…) ;
  • Tremblements intentionnels, nystagmus.

 Scanner ou IRM, que choisir ?

Les deux techniques ont des avantages et des inconvénients selon ce que l’on recherche. Le scanner est un examen moins onéreux et souvent plus rapide à réaliser que l’IRM. On pourra le préférer si l’animal ne peut supporter une anesthésie longue. En revanche, pour les lésions du tissu nerveux l’IRM est beaucoup plus sensible. Elle permet une meilleure différenciation des tissus normaux et lésés, et assure une distinction plus nette de l’œdème et du tissu tumoral. Enfin, l’IRM doit être préférée systématiquement lors de suspicion d’atteinte de la région infra-tentorielle, des artefacts très marqués empêchant une bonne évaluation par le scanner de cette région chez les animaux domestiques.

Aspect des méningiomes en imagerie

L’imagerie ne peut jamais donner une certitude quant à la nature histologique d’une masse cérébrale ; cependant, un certain nombre de critères peuvent évoquer un méningiome, et plus ils sont rassemblés en grand nombre sur l’examen du patient, plus la probabilité d’un méningiome augmente. Un méningiome se présente sous la forme d’une masse extra-axiale, c’est-à-dire qui se développe à l’extérieur du tissu nerveux. Elle exerce cependant un effet de masse sur le tissu cérébral, et, selon sa taille et sa localisation, il est parfois difficile de juger si son point de départ est intra ou extra-axial. Son contour est souvent bien délimité. Sur un scanner, le méningiome est habituellement iso ou spontanément hyperdense avant injection de produit iodé. En IRM, il apparaît hypo à iso-intense en T1 et hyperintense en T2. Après injection de produit de contraste (iode en scanner, Gadolinium en IRM), le rehaussement est habituellement intense, homogène ou hétérogène. Des calcifications peuvent être présentes au sein de la tumeur. De même, il n’est pas inhabituel d’observer des zones cavitaires à contenu liquidien, correspondant à un foyer nécrotique ou à une accumulation intra-tumorale de liquide. L’effet de masse exercé sur les structures voisines dépend de la taille et de la localisation de la masse. Un œdème parfois important accompagne souvent ces tumeurs et augmente l’intensité des symptômes. Les méningiomes par leur position périphérique ont souvent une base large tournée vers l’os du crâne situé en regard. Il est commun d’observer une hyperostose ou au contraire un amincissement de l’os en regard. Enfin, une prise de contraste méningée (« queue durale ») peut être observé ; c’est un signe très évocateur de méningiome. La localisation la plus fréquente est supra-tentorielle, mais des cas sont décrits en région cérébelleuse.