Dermatophytoses : nouveaux consensus, plus de bon sens

Par les Drs Pascal Prélaud, Noëlle Cochet-Faivre, spécialistes en dermatologie vétérinaire, diplômés du collège européen de dermatologie vétérinaire et les Drs Amaury Briand et Sébastien Deleporte, résidents ECVD

Un article de recommandations et de consensus vient de paraitre dans Veterinary Dermatology sur un sujet riche en idées reçues : les dermatophytoses. Ces nouvelles recommandations sont empreintes de plus de bon sens que certaines recommandations parfois lourdes et alarmistes. Voici le résumé de ces données données consensuelles :

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  1. Prévalence et facteurs de risque
    • Les données sont difficiles à établir cette affection présentant de nombreuses rémissions spontanées tant chez le chien que chez le chat.
    • Les infections sous-cutanées ne sont décrites que chez le persan et le Yorkshire
    • Les activités de chasse ou de travail augmentent le risque
    • L’infection FeLV ou FIV ne prédispose pas au développement de la teigne
  2. Diagnostic
    • Il n’existe pas de gold standard
    • Le diagnostic repose sur plusieurs outils : lampe de Wood, examen direct des poils, culture fongique et biopsies cutanées
    • La dermatoscopie peut être intéressante associée ou non à l’examen en lampe de Wood
    • La PCR peut être une aide, mais un résultat positif n’est pas synonyme d’infection active et des organismes morts peuvent être à l’origine de tests positifs
    • Contrairement à une idée reçue, la grande majorité des souches de Microsporum canis sont fluorescentes à l’examen en lampe de Wood. Par contre, cette fluorescence peut être difficilement observable chez un animal traité.
    • Le suivi thérapeutique repose sur la réponse clinique, la lampe de Wood si possible et la culture fongique.
    • Une PCR négative chez un chat traité est synonyme de guérison, tout comme une culture négative chez un chat alésionnel.
  3. Traitement topique antifongique
    • Lors de dermatophytose étendue, les traitements topiques recommandés sont l’application bihebdomadaire de bouillie soufrée, de lotion à base d’énilconazole ou de shampooing chlorhexidine/miconazole.
    • L’AHP, le climbazole ou la terbinafine topiques offrent des perspectives intéressantes, mais les études manquent pour pouvoir définitivement recommander leur utilisation.
    • Les shampooings à base de miconazole sont efficaces in vitro mais plus efficaces in vivo en association à la chlorhexidine
    • La chlorhexidine en monothérapie est déconseillée parce que peu efficace
    • Pour les formes localisées, des études montrent l’intérêt de topiques à base de clotrimazole, miconazole et énilconazole, mais leur utilisation seule n’est pas recommandée
  4. Traitement systémique
    • L’itraconazole (AMM chez le chat) et la terbinafine (pas d’AMM) sont les deux antifongiques les plus efficaces et les plus surs.
    • La griséofulvine est aussi efficace, mais présente potentiellement plus de risques d’effets secondaires.
    • Le kétoconazole et le fluconzaole sont des options moins efficaces et le kétoconazole peut entrainer des effets indésirables.
    • Le lufénuron n’a aucune activité antifongique et n’est pas recommandé.
    • Les vaccins antifongiques (non disponibles en France) ne protègent pas de l’infection mais sont une option thérapeutique adjuvante intéressante.
  5. Décontamination de l’environnement
    • Le but princeps de ces mesures est de prévenir les risques de contamination indirecte et de résultats faussement positifs lors de contrôles.
    • Les cas d’infection à partir de l’environnement sont rares.
    • On peut minimiser la contamination de l’environnement en tondant les zones lésées, appliquant des soins topiques et en nettoyant régulièrement l’environnement.
    • Le recours à des mesures de confinement doit être fait avec précaution et sur de courtes périodes. Les dermatophytoses sont des maladies curables, mais les troubles du comportement induits par le confinement peuvent être irréversibles ou de contrôle difficile. Les vétérinaires doivent toujours prendre en compte le bien être et la qualité de vie des animaux avant de prescrire de telles mesures.
    • Le matériel contaminé est facilement retiré de l’environnement et peut être désinfecté.
  6. Considérations zoonotiques
    • Les dermatophytoses sont des zoonoses bien connues, traitables et curables.
    • Les dermatophytoses sont fréquentes chez l’homme, mais la fréquence des contaminations d’origine animale est inconnue.
    • Le principal pathogène chez l’homme est T. rubrum, responsable de mycose des ongles de pied.
    • Chez les humains immunodéprimés la seule complication d’une infection par M. canis est la nécessité d’un traitement long.