Extraction chirurgicale de la carnassière maxillaire chez le chien : les étapes

Par les Drs Isabelle Druet, DMV, B.Sc. Résidente en Dentisterie EVDC et Philippe Hennet, DV, Dipl AVDC, Dipl EVDC, Spécialiste en Stomatologie et Dentisterie Vétérinaire

 NB : version papier disponible dans la Dépêche Vétérinaire

La décision d’une extraction dentaire se fait avec le consentement éclairé des propriétaires dans plusieurs situations :

  • Traumatisme dentaire :
    • Fracture dentaire avec exposition pulpaire
    • Pulpite (inflammation de la pulpe dentaire évoluant vers une nécrose pulpaire)
    • Luxation dentaire
  • Maladie parodontale avancée
  • Résorption dentaire
  • Carie dentaire
  • Malocclusion dentaire
  • Persistance d’une dent déciduale

Lorsque que le traitement conservateur (endodontie, soins parodontaux, orthodontie selon le cas) n’est pas réalisable ou refusé par le propriétaire, l’extraction est alors envisagée.

Extraire une dent demande de bonnes connaissances de l’anatomie de la cavité buccale et des techniques chirurgicales à réaliser. Afin de procéder à l’intervention la plus adaptée, il faut s’équiper de matériel dentaire adéquat en plus de la radiographie dentaire

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Unité dentaire avec un contre-angle multiplicateur (bague rouge) sous irrigation, fraises dentaires (boules et fissures), lame de scalpel (11 ou 15c), syndesmotome de Chompret, élévateur de périoste, luxateurs de différentes tailles, pierre conique à affuter
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West Highland White Terrier, mâle, âgé de 5 ans présenté pour une lésion infraorbitaire gauche évoluant depuis plusieurs mois. La zone est tondue pour faciliter les soins locaux de la plaie.
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A l’examen dentaire, aucune anomalie macroscopique n’est cliniquement observée (absence de fracture dentaire, parodontite ou dyschromie…). Plaque dentaire avec présence de tartre dentaire en quantité modérée associée à une gingivite.
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Radiographie dentaire avec un capteur numérique intraoral montrant une lésion périapicale de la racine mésiale vestibulaire de la PM4 maxillaire gauche est visible (flèche rouge). Cette lésion radiotransparente apicale est le reflet d’une infection pulpaire (endodontique). Un tissu inflammatoire se forme à l’apex d’une racine, appelé granulome apical. La plaie infraorbitaire est une fistule d’un abcès dentaire. Face à ce type de lésion, les traitements possibles sont : · conservateur : traitement canalaire (« dévitalisation ») · non conservateur : extraction Dans ce cas, l’extraction a été choisie par les propriétaires pour des raisons financières.
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Après anesthésie locorégionale par bloc infra-orbitaire et détartrage, on réalise un lambeau d’accès mucopériosté pédiculé trapézoïdal : soit deux incisions légèrement divergentes de pleine épaisseur (jusqu’à l’os). Mésialement l’incision est en regard de la face distale de PM3 et distalement en regard de la face mésiale de M1. Attention aux vaisseaux sous orbitaire (mésialement) et au canal de Sténon (distalement).
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Un syndesmotome de Chompret est introduit dans le sulcus dentaire et utilisé pour rompre l’attache épithéliale permettant ainsi le décollement de la gencive. Ici, sur la face vestibulaire de la dent.
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Puis sur la face palatine
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Avec un élévateur de périoste, la muqueuse alvéolaire et la gencive attachée sont élevées. Le lambeau contient ici le périoste. La muqueuse étant moins fibreuse que la gencive attachée, les tissus doivent être soulevés avec précaution pour ne pas les déchirer.
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Récliner et protéger délicatement le lambeau, le maintenir avec une pince atraumatique, une compresse ou un fil de suture à un angle du lambeau.
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L’os alvéolaire de la face vestibulaire est enlevé partiellement avec une fraise boule diamantée montée sur un contre-angle multiplicateur avec une irrigation abondante.
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Cette étape permet de travailler avec plus de visibilité en exposant le tiers coronaire des racines et les furcations. L’alvéolotomie peut être plus importante si une ankylose radiculaire, une dilacération ou une fracture de racine ont été notées radiographiquement.
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Séparation des racines à la fraise fissure sous irrigation la dent au niveau des furcations.
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Vue montrant la section de la portion distale (1 racine) de la portion mésiale (2 racines)
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Les deux racines mésiales sont ensuite séparées. La dent pluriradiculée s’extrait alors comme trois dents monoradiculées.
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À l’aide d’un luxateur affuté, appliquer des mouvements en rotation (des quarts de tours) avec une poussée apicale au niveau du plan de clivage os avéolaire-cément sur les faces distale et mésiale de la racine pour rompre le ligament parodontal.
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Le luxateur est un instrument fin et tranchant qui doit être affuté à chaque utilisation. Il en existe différentes tailles ; choisir celui qui épouse le mieux la courbure de la racine. Il faut l’employer pour couper le ligament parodontal (petits mouvements en rotation) et ne pas l’utiliser avec un mouvement de levier.
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Le luxateur se tient à pleine main, le manche dans le creux de la paume. L’index doit être placé le long du fût le plus proche de l’extrémité ce qui limitera la pénétration dans les tissus du fût en cas de dérapage.
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Une fois la racine mobile dans son alvéole, la saisir au niveau du collet avec un davier de taille adaptée, effectuer de légers mouvements en rotation puis l’extraire en la tirant vers l’extérieur dans l’axe de la racine. La racine doit s’extraire sans force. Si on observe une résistance, il faut retravailler avec le luxateur sur toutes les faces. Ne pas extraire une dent avec un davier sans l’avoir mobilisée avec un luxateur, les risques de fractures radiculaires ou osseuses sont importants.
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L’étape est renouvelée pour la racine mésiale vestibulaire.
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Puis pour la mésiale palatine.
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Avec une curette, les alvéoles sont parées (retrait des débris nécrotiques, osseux) et rincées avec du sérum physiologique. Un caillot sanguin se formera dans l’alvéole permettant la cicatrisation osseuse.
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Alvéoloplastie : avec une fraise boule diamantée montée sur un contre angle, les spicules osseux sont abaissés.
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La dernière étape est la fermeture du site d’extraction, le lambeau doit être replacé sans tension. Le périoste est incisé avec une lame de scalpel ou des ciseaux fins à dissection pour donner de l’élasticité au lambeau.
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À l’aide de ciseaux fins, la dissection est continuée au sein du conjonctif de la muqueuse alvéolaire. Faire attention aux faisceaux vasculo-nerveux.
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Le lambeau recouvre alors sans tension le site d’extraction.
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Le lambeau est suturé à la marge palatine ravivée (fil monobrin résorbable 4-0) avec des points simples.
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Radiographie post-opératoire : pas de persistance de fragment radiculaire.

 

En post-opératoire, l’analgésie est contrôlée avec des AINS et/ou morphiniques (selon le cas) pendant 3-5 jours. Une antibiothérapie n’est pas nécessaire dans la majorité des cas.

Le chien ne doit pas exercer de jeux avec des objets ou des friandises à ronger pendant une dizaine de jours pour ne pas solliciter le lambeau et compromettre sa cicatrisation.