Une Race, un Spécialiste : 7. Le cavalier King Charles vu par l’Otologue

A force de vouloir faire des chiens ayant une tête humaine, nous avons vu apparaitre des maladie typiques de l’homme, comme les otites moyennes. Le cavalier est le champion toutes catégories dans ce domaine (1).
Cette otite moyenne sécrétoire à tympan fermé (OMS) – nommée ear glue par les anglo-saxons – est présente chez plus de la moitié des animaux (1-3). Ces otites moyennes sont très largement sous-diagnostiquées et le plus souvent mises en évidence lors d’un examen d’imagerie pour une autre indication (ex : IRM pour une recherche de malformation occipitale de type Chiari et de syringomyélie) ou lors de l’examen oto-endoscopique pratiqué pour explorer une otite externe chronique  (1, 3, 4).

Etiopathogénie

L’origine de ces otites moyennes est inconnue, mais une base génétique est fortement suspectée. Il peut s’agir de l’association de malformations du tube auditif, communément appelé trompe d’Eustache chez l’homme et un voile du palais épais, associées à la sécrétion d’un mucus épais (1,5,6,7).

Symptômes

Si la plupart des cas sont asymptomatiques et découverts fortuitement, nous avons observé dans la majorité des cas une surdité peu ou pas relevée par le propriétaire. En effet, la surdité survenant progressivement chez des animaux assez jeunes, les propriétaires attribuent les signes de cette surdité à des troubles du comportement.
Lors d’évolution ancienne, on peut observer les signes plus patents dans deux tiers des cas (tableau I). Les premiers signes apparaissent entre 2 et 10 ans, mais dans 83% des cas chez des chiens adultes entre 3 et 7 ans (4). L’atteinte est uni ou bilatérale. Les signes cliniques indiqués dans le tableau I sont des signes d’appel d’otite moyenne/interne mais ne sont pas caractéristiques. En effet, ils peuvent être observés dans d’autres affections, notamment lors d’affections particulièrement rencontrées chez le cavalier King Charles telles que les syringomyélies (syndrome de type Chiari) accompagnées de douleur cervicofaciale et les otites externes de dermatite atopique(8, 9).

Tableau I : Motifs de consultation chez les cavalier King Charles souffrant d’otite moyenne sécrétoire (adapté d’après Stern-Bertholtz et coll.(3, 4))

– Surdité, troubles du comportement (liés à la surdité) ;
– Signes neurologiques : ataxie, paralysie faciale, nystagmus, tête penchée, convulsions ;
– Prurit auriculaire sans otite externe ;
– Otite externe ;
– Combinaison de plusieurs de ces signes.

Diagnostic

Le diagnostic repose sur un examen oto-endoscopique  et une paracentèse qui permet d’extraire un mucus très épais, précédé ou non d’un examen tomodensitométrique et de PEA (potentiels évoqués auditifs).


Toutefois, une démarche rigoureuse est nécessaire afin d’envisager tous les éléments du diagnostic différentiel et quelques éléments pronostics.

Traitement

Une intervention n’est faite que s’il existe une surdité gênante, des signes neurologiques ou une gêne importante (animal se secouant la tête, prurit). En l’absence de gêne et de symptômes, l’intérêt d’un traitement est discutable.

Traitements préalables

Les brachycéphales atopiques peuvent présenter une sténose importante de la région proximale qui rend la myringotomie difficile. Par conséquent, une corticothérapie par voie générale est débutée 5 à 10 jours avant l’intervention. En cas d’otite externe chronique, celle-ci est traitée à l’aide de solutions nettoyantes et de topiques anti-infectieux et corticoïdes jusqu’à guérison.

Paracentèse et irrigation de la bulle tympanique

L’animal est anesthésié et intubé. On utilise une sonde urinaire dont l’extrémité est coupée en biseau que l’on guide à l’aide d’un oto-endoscope. La paracentèse s’effectue classiquement dans la portion caudale de la pars tensa avec une sonde urinaire coupée en biseau (4, 10). Etant donné que la gène dans cette affection est due à l’accumulation de mucus dans la bulle, on effectue une myringotomie la plus large possible, quitte à récliner les osselets dorsalement.

Cette ouverture très large offrira un bon drainage et ne cicatrisera pas avant plusieurs semaines, ce qui limite l’accumulation de mucus.
Le contenu de la bulle tympanique est extrait soit par irrigation (flushing) à l’aide de soluté physiologique, soit à l’aide d’une pince introduite dans le canal opérateur de l’oto-endoscope. Un examen cytologique est effectué à la recherche d’une infection bactérienne ou fongique. Le flushing est poursuivi jusqu’à obtention d’un produit limpide, puis la muqueuse de la bulle tympanique est examinée.
Certains auteurs recommandent, à l’instar de ce qui se fait chez l’enfant, la pose d’un aérateur transtympanique (yoyo). Toutefois les résultats obtenus ne sont pas meilleurs qu’avec une simple paracentèse.

Suivi et gestion des rechutes

Les rechutes sont fréquentes (généralement au bout de 3 à 6 mois) et nécessitent la mise en œuvre d’un traitement identique. Toutefois, il est rare en pratique d’observer plus d’une rechute. Dans une étude suédoise rétrospective de plus de 60 cas, une réintervention est nécessaire une à cinq fois dans la vie de l’animal (4). Par conséquent, le pronostic est bon, mais il faut prévenir les propriétaires de l’éventuelle nécessité d’une à plusieurs réinterventions. Dans notre pratique l’association d’une myringotomie large et de la prescription de mucolytiques permet de diminuer très significativement le nombre de réinterventions.

 

Par les Drs Pascal Prélaud, Dip ECVD, Philippe Hennet, Dip. ECDV et ACDV, Hugues Gaillot, Dip ECVDI & Kirsten Gnirs, Dip. ECVN

1. Hayes GM, Friend EJ, Jeffery ND. Relationship between pharyngeal conformation and otitis media with effusion in Cavalier King Charles spaniels. Vet Rec. 2010 Jul 10;167(2):55-8.
2. Cole LK, Samii VF, Wagber S, Rajala-Schultz PJ, editors. Diagnosis of primary secretory otitis media in the cavalier King Charles spaniel. NAVDF; 2011; GAlvestone.
3. Loughin CA, Marino DJ, Govier S, editors. Primary secretory otitis media (PSOM) in dogs with suspected Chiari-like malformation: 120 cases (2007–2010). NAVDF; 2011; Galvestone.
4. Stern-Bertholtz W, Sjöström L, Wallin Hakanson N. Primary secretory otitis media in the Cavalier King Charles spaniel: a review of 61 cases. Journal of Small Animal Practice. 2003;44(6):253-6.
5. Rose WR. Small animal clinical otology. The eustachian tube – 1: General considerations. Vet Med Small Anim Clin. 1978;73(7):882-7.
6. Hills BA. Analysis of eustachian surfactant and its function as a release agent. Arch Otolaryngol. 1984 Jan;110(1):3-9.
7. Bluestone CD, Swarts JD. Human evolutionary history: consequences for the pathogenesis of otitis media. Otolaryngol Head Neck Surg. 2010 Dec;143(6):739-44.
8. Chandler K, Volk H, Rusbridge C, Jeffery N. Syringomyelia in cavalier King Charles spaniels. Vet Rec. 2008 Mar 8;162(10):324.
9. Rusbridge C. Neurological diseases of the Cavalier King Charles spaniel. J Small Anim Pract. 2005 Jun;46(6):265-72.
10. Gortel K. Otic flushing. Veterinary Clinics of North America – Small Animal Practice. 2004;34(2):557-65.
11. Corfield GS, Burrows AK, Imani P, Bryden SL. The method of application and short term results of tympanostomy tubes for the treatment of primary secretory otitis media in three Cavalier King Charles Spaniel dogs. Aust Vet J. 2008 Mar;86(3):88-94.