Maladie valvulaire dégénérative – la plus fréquente cardiopathie du chien

Chez le chien comme chez l’homme, une ou plusieurs valves cardiaques peuvent présenter un épaississement dégénératif et progressif avec l’âge, résultant en une mauvaise fermeture de cette dernière, qui ne ferme plus de façon hermétique. La valve mitrale est celle qui est le plus souvent touchée par cette affection (Figure 1).

Valve mitrale
Schéma du cœur avec les 4 cavités cardiaques pour montrer l’emplacement de la valve mitrale, qui sépare l’atrium gauche du ventricule gauche

Dans un tiers des cas, c’est la valve tricuspide concomitamment (Figure 2).

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Schéma du cœur avec les 4 cavités cardiaques pour montrer l’emplacement de la valve tricuspide, qui sépare l’atrium droit du ventricule droit

La maladie est plus fréquente chez les chiens de petit format (par exemple bichon, caniche, Yorkshire terrier, shih tzu), mais cette affection peut parfois toucher aussi des chiens de format moyen (par exemple cocker spaniel, épagneul breton) ou grand (par exemple berger allemand, beauceron). Une prédisposition génétique est connue chez certaines races de chiens (cavalier King Charles, teckel).

La valve séparant les ventricules des atria ne fermant pas bien, à chaque contraction des ventricules, une partie du sang reflue en amont dans les atria au lieu d’aller en aval, vers les grands vaisseaux. De ce fait, les atria se dilatent petit à petit. Quand le problème se situe à gauche, l’augmentation de la pression dans l’atrium gauche peut finir par un débordement dans les poumons et la sortie de liquide par les vaisseaux pulmonaires vers les alvéoles, ce qui constitue l’œdème pulmonaire. Il est question alors d’une insuffisance cardiaque gauche. Quand il s’agit de la valve tricuspide, donc du côté droit du cœur, l’atrium droit étant en surpression il n’arrive pas à bien drainer le sang qui arrive dans le cœur par les organes et, de ce fait, du liquide peut s’accumuler dans la cavité abdominale (ascite) ou thoracique (épanchement pleural). On parle alors d’une insuffisance cardiaque congestive droite.

L’animal touché par la maladie peut rester sans aucun symptôme pendant plusieurs années. Cependant, le reflux peut être suspecté par le vétérinaire traitant car cela donne un bruit anormal à l’auscultation cardiaque qu’on appelle un souffle. L’intensité du souffle est souvent corrélée à la gravité de la fuite.

Le premier symptôme peut être une intolérance à l’effort ou à la chaleur avec un temps de récupération plus long après la promenade ou le jeu. Par la suite, l’animal peut être essoufflé, et fatigué. Une toux peut survenir en raison d’un œdème pulmonaire ou le plus souvent quand le cœur est très dilaté et appuie sur les bronches (toux mécanique). Si l’animal présente un des symptômes mentionnés ci-dessus, il ne faut pas tarder à consulter. Dans les stades plus avancés, les animaux sont fatigués, même au repos et peuvent présenter des difficultés respiratoires, une anorexie ou encore n’arrivent pas à se coucher, respirent la gueule ouverte, présentent une dyspnée, une cyanose (la langue devient bleue) et expectorent du liquide. Ces dernières situations sont de vraies urgences et le propriétaire doit consulter dans les minutes qui suivent. Parfois, les animaux présentent juste des malaises ou des syncopes, à l’effort, pendant l’excitation ou, rarement, au repos. Ils peuvent également avoir le ventre qui gonflé par le liquide qui s’y accumule (ascite) et ils perdent rapidement du poids.

Le diagnostic de la maladie se fait par échocardiographie. C’est un examen qui permet à la fois de confirmer l’hypothèse clinique (après auscultation d’un souffle chez un animal âgé), mais aussi de noter plusieurs détails de la maladie notamment :

  • Les lésions exactes sur les valves (Figure 3) ;
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La valve mitrale (flèches rouges) vue en échocardiographie chez un chien sain (3a) et chez un chien atteint de maladie valvulaire mitrale dégénérative (3b). Chez le malade les feuillets de la valve deviennent épais et s’allongent. La valve ne ferme pas de manière hermétique. Une rupture de cordage (petite corde qui tient la valve à sa place, flèche jaune) peut survenir ce qui peut entrainer des grosses fuites au niveau de la valve (3c). Ceci se diagnostique en échographie cardiaque (AG : atrium gauche ; VG : ventricule gauche ; VD : ventricule droit ; AD : atrium droit).
  • Les conséquences de la maladie sur les cavités cardiaques (dilatation des cavités ou pas, Figure 4) ;
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Image échocardiographique de l’aorte (Ao) et de l’atrium gauche (AG). Le diamètre atrial est comparé à celle de l’aorte qui présente normalement un diamètre relativement fix. Le rapport AG/Ao est aux alentour de 1. L’atrium est encore normal sur la première image (4a) et dilaté sur l’image 4b.
  • La quantification du reflux (tous les reflux n’ont pas la même importance, Figure 5) ;
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Image Doppler couleur chez un chien avec une petite fuite au niveau de la valve mitrale (5a) et une fuite importante sur l’image 5b (AG : atrium gauche ; VG : ventricule gauche)
  • Les conséquences sur la contractilité cardiaque (« puissance de la pompe ») ;
  • La mesure de la pression pulmonaire (le risque d’œdème ou d’ascite étant plus important quand la pression pulmonaire augmente).

Ces détails permettent de définir le stade de la maladie. Chez l’animal qui ne présente pas de symptômes, ces détails servent aussi comme base pour le suivi au long cours.

D’autre part, une radiographie thoracique est réalisée quand un œdème pulmonaire est suspecté.

Le traitement dépend du stade de la maladie. Ainsi toutes ces données permettent par la suite de mettre en place le traitement le plus approprié. Compte tenu du fait que la maladie n’est pas réversible et que l’insuffisance cardiaque une fois installée évolue progressivement, le traitement s’adapte et le nombre de médicaments utilisés augmente au fur et à mesure. Le cardiologue mise à avoir un animal avec une bonne qualité de vie et un nombre et des doses de médicaments minimales afin de garder des molécules ou des doses plus fortes pour le jour où cela sera nécessaire. Un suivi de la fonction rénale est également recommandé (prise de sang +/- analyse d’urines) pour adapter le traitement sans avoir des conséquences néfastes au niveau rénal.

Par le Dr Vassiliki Gouni, PhD, Dip ECVIM cardiologye, spécialiste en cardiologie vétérinaire