Echecs des Traitements Anti-Puces : Mieux Conseiller, Adapter

Se lancer dans une étude  sur l’efficacité des traitements antipuces est toujours un travail fastidieux, passionnant et le plus souvent frustrant, tant il existe peu d’études indépendantes, tant les données sont rarement comparables entres elles et les biais de recrutement très nombreux.

Un article paru récemment dans Companion Animal s’y est attelé en  ne prenant en compte que les publications sur les antiparasitaires externes (APE) sur prescription de moins de 10 ans.

Sans rentrer dans le détail on retiendra en vrac des biais de recrutement de ces études, une durée avant observation d’efficacité de deux mois, les recontaminations par l’environnement qui expliquent des échecs apparents, une approximation au doigt mouillé comparant des prises biquotidienne à des prises mensuelles, l’influence probable des bains, celle bien plus importante du conseil et une possible perte d’efficacité du fipronil et de la selamectine.

RESISTANCE AUX INSECTICIDES

Commençons par ce dernier point qui attire inévitablement l’attention dans les conclusions de ce papier. Il découle d’études faites aux Etats-Unis (multicentriques ou en Floride) dans lesquels l’efficacité de ces deux insecticides est passée sous la barre arbitraire d’efficacité à un mois de 85%. Il pourrait s’agir d’une réelle baisse de speed of kill résiduel de ces insecticides selon les auteurs. Ceci a été observé dans peu d’études et toujours dans des régions de forte pression parasitaire comme la Floride par exemple.

BIAIS DES ESSAIS CLINIQUES

Parmi les difficultés d’interprétation des études, les auteurs mettent en avant le recrutement des cas et donc des propriétaires. En effet dans la plupart des études de terrain, les propriétaires sont par essence des clients réguliers, volontaires pour une étude, donc plus à l’écoute des recommandations que l’ensemble des propriétaires d’animaux. Ceci crée un biais probablement positif dans les études d’efficacité, l’observance étant meilleure que dans la vraie vie

NE PAS CONCLURE A UNE INEFFICACITE AVANT DEUX MOIS DE TRAITEMENT

Toutes études confondues, tant chez le chien que chez le chat, tant en terme de symptomatologie que de comptage de parasite, 2 mois est le délai nécessaire à un contrôle du cycle du parasite dans l’environnement lorsque l’on traite tous les animaux vivant sous le même toit.

FAUX ECHECS THERAPEUTIQUES

L’observation de puces sur un animal peu de temps après avoir administré ou appliqué un produit insecticide est souvent vécu comme un échec thérapeutique. Or il s’agit le plus souvent d’une contamination à partir de l’environnement ce qui est tout à fait normal en début de traitement.

INFLUENCE DES BAINS

Dans certaines études autorisant des balnéations fréquentes, l’efficacité est moindre que dans celles les limitant de façon drastique. D’autre part, certaines études montrent que même les traitements systémiques ont une activité réduite par les shampooings ou les bains.

ESPACEMENT DES PRISES ET OBSERVANCE

L’observance serait meilleure en administrant moins souvent un médicament. Cela est prouvé pour ceux que l’on administre quotidiennement (ex : antibiotiques), pas pour les insecticides que l’on administre tous les mois (vs 3 mois).

IMPORTANCE CAPITALE DE L’OBSERVANCE ET DU CONSEIL

Les auteurs de cette étude insistent lourdement sur cet aspect du traitement, qui est de loin la principale cause d’inefficacité thérapeutique. Ils fustigent les ventes au comptoir sans démonstration et donc aussi l’absence de formation du personnel sur le sujet, incapable de conseiller et montrer la façon d’utiliser les produits.

CAUSES D’ECHEC SELON LES PROTAGONISTES (identifiées dans différents travaux)

Equipe soignante

  • Mauvaise communication
  • Manque d’investissement dans la médecine préventive
  • Manque de temps
  • Manque de formation du personnel d’accueil
  • Perception de la médecine préventive comme une activité purement commerciale

Propriétaires

  • Idées reçues:
    • Pas besoin d’une protection permanente
    • Pas besoin de traiter un animal vivant en intérieur
  • Oubli
  • Mauvaise interprétation des recommandations du vétérinaire
  • Manque de connaissance sur la biologie du parasite
  • Priorités financières
  • Niveau de confiance dans le vétérinaire

Produits

  • Fréquence d’administration
  • Facilité d’administration
  • Efficacité intrinsèque

CONSEIL SIMPLES POUR EVITER LES ECHECS THERAPEUTIQUES

  • Se former et former l’ensemble du personnel
  • Communiquer, montrer et éduquer
  • Lutter contre les idées reçues et les phénomènes de mode ubuesques ou parfaitement inefficaces (huiles essentielles, collier ultrason, terre de diatomée, argile, médailles…)
  • Prendre le temps d’expliquer
  • Mettre en place des programmes de relance
  • Adapter le traitement à chaque cas (nécessite un arsenal varié)
  • Réduire les intervalles d’administration lors de DAPP ou de forte infestation (ex : 3 au lieu de 4 semaines)